Le 31 janvier 2025, le REFA International - Tchad a organisé un atelier d’échanges avec les femmes entrepreneurs afin de mettre en lumière leurs initiatives face aux défis climatiques, particulièrement, les inondations et les sécheresses affectant le 9ᵉ arrondissement de N'Djamena.
Cet atelier a abouti à la formulation et l’adoption d’un plaidoyer en faveur d'un meilleur accompagnement des femmes entrepreneurs dans un contexte de changement climatique, inspiré des témoignages des femmes et du reportage «Making a Living on the World’s Largest Desert Lake», écrite par Kang-Chun Cheng dans le cadre de l’initiative Mon Travail/Environnement du Pulitzer Center. Ce reportage raconte la reconversion des éleveurs qui se tournent vers la pêche face à la sécheresse et la désertification de leur région, exerçant ainsi une pression sur la population de poissons.
« J’étais impressionnée par le reportage du Pulitzer Center, les éleveurs qui sont devenus des pêcheurs pour faire face au changement climatique ». « Grâce au reportage, j’ai compris qu’en Afrique nous avons les mêmes problèmes de changement climatique et nous devons toujours chercher à nous adapter et aller de l’avant ». Deux déclarations des femmes participantes répondant aux questionnaires de sondages démontrent leur engagement à l’atelier d’échanges.
Pour contexte, le 9ème arrondissement de la ville N’Djamena capitale du Tchad, subit une forte inondation depuis 2008 qui détruit leur culture,leurs habitations et les biens, causant même des dégâts humains. Cette situation, qui est évolutive, a entraîné la destruction des maisons, la dévastation des champs et des cultures, du bétail et des pertes en vies humaines.
Cette situation renforce la vulnérabilité des femmes sur le plan économique. Des milliers de femmes qui assurent la survie de leurs familles à travers le commerce et l’agriculture, notamment, se sont retrouvées avoir tout perdu mais doivent continuer à se battre pour faire face aux besoins de leurs familles.
« Avant cette catastrophe, j’avais une activité commerciale de parfum et de miel bien établie qui me permettait de subvenir aux besoins de ma famille. Ces produits, appréciés pour leur qualité et leur authenticité, étaient des sources de revenus réguliers et indispensables pour mon ménage », a partagé Mme Hawa Brahim. « Cependant, l'inondation a bouleversé cet équilibre fragile. Les eaux ont ravagé ma maison et mon lieu de vente, emportant avec elles les stocks de doukan et de miel. Les infrastructures nécessaires à la poursuite de mon activité étaient gravement endommagées, rendant impossible la continuation de ce commerce florissant. Face à cette situation désespérante, j’ai dû faire preuve de résilience et d'innovation », a-t-elle conclu.
Parmi les principales recommandations, on retrouve un appui technique et financier aux initiatives des femmes entrepreneurs, le renforcement des formations sur la gestion des risques climatiques et l'adaptation des activités économiques, ainsi qu'une meilleure coordination avec les autorités locales et les partenaires. Ces mesures visent à intégrer la résilience climatique dans les politiques d'appui à l’entrepreneuriat féminin et à garantir un soutien durable aux entrepreneurs face aux défis climatiques.
Sur le site des sinistrés, la nécessité de subvenir aux besoins de sa famille a poussé Mme Hawa Brahim à diversifier ses activités. Après l'inondation, elle a décidé de se lancer dans la vente de poissons de toutes sortes : fumés, frais et salés. Cette nouvelle activité, bien que différente de son commerce initial, s'est avérée être un moyen de survivre dans un environnement où chaque jour est un défi. Grâce à sa détermination et à son sens de l'adaptation, elle a pu créer une nouvelle source de revenus pour sa famille, démontrant ainsi la force et la résilience des femmes face aux difficultés.
Son expérience illustre l'importance de la créativité, du soutien communautaire et de l'adaptation dans la transformation des situations désastreuses en opportunités de renouveau et de résilience, à l’instar des éleveurs du Kenya.
Les échanges ont renforcé la détermination des femmes à se battre pour un meilleur accès aux ressources financières et un soutien accru des autorités locales. Cet atelier a non seulement été une source de connaissance, mais aussi d'inspiration, leur donnant les moyens de surmonter les obstacles et de prospérer dans leurs activités entrepreneuriales. Une femme rapportant même qu’un groupe d’entre elles s’étaient rapprochés des autorités du 9ème arrondissement pour exprimer leur désir de se regrouper afin de mieux s’organiser mais, elles se sont Malheureusement heurtées à un refus de leur part.
Cette femme a également souligné que la plupart d’entre elles étaient des veuves, sans aucun soutien extérieur. Ne pouvant compter sur personne, elles sont obligées de travailler pour assurer la survie de leurs familles.
Notons que de cet atelier est ressorti un document de plaidoyer du rapport d’identification de 10 initiatives de femmes entrepreneurs réalisé par un consultant pour le compte REFA International-Tchad menée avec l’appui du Pulitzer Center.