Pulitzer Center Update mars 25, 2026

Le Pulitzer Center fournit aux journalistes d'investigation africains des outils pour élargir la portée de leurs reportages

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Intitulée « Les humains, l'engouement et les conséquences : enquête sur l'intelligence artificielle dans les communautés africaines et au-delà », cette session de la Conférence africaine sur le journalisme d'investigation a été animée par Kathryn Cleary et Naipanoi Lepapa, boursières du Pulitzer Center dans le domaine de l'IA. Afrique du Sud, 2025. Image de Rozina Breen. l'Afrique du Sud, 2025.

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Dans ce monde marqué par les conflits, la désinformation et des évolutions technologiques rapides, tous s’accordent sur le rôle ô combien capital du journalisme d’investigation.

En fait, le journalisme d’investigation est considéré comme un journalisme de rigueur qui se construit au prix de fouilles approfondies, de vérifications minutieuses, de recoupements et d’analyses. Il se frotte aux grands intérêts, expose des abus et contribue à la transparence, parfois au risque de la vie des journalistes.

Pourtant, dans un environnement médiatique saturé et marqué par la montée du sensationnel, quel que soit la force d’une révélation, le temps et l’énergie y consacrés, les faits révélés peuvent rapidement être engloutis ou étouffés par le flux continu d’informations avec le risque de ne pas produire l’impact attendu. Il se pose de lors une question importante : comment devrions-nous prolonger la vie de nos enquêtes et permettre qu’elles touchent un grand nombre et inspirent le changement ?

Une des réponses est de capitaliser sur les conférences et les événements journalistiques – des espaces qui permettent de présenter nos enquêtes, d’échanger avec nos pairs, de découvrir de nouveaux outils et d’inspirer d’autres journalistes. Au nombre de ces évènements, figure en bonne place, l’African Investigative Journalism Conference (AIJC). Le Pulitzer Center, qui soutient le journalisme d’investigation sur des sujets peu reportés d’intérêt global, met tout en œuvre pour que quelques membres de son staff, ses bénéficiaires et ses boursiers participent à cette rencontre annuelle qui leur permet d’amplifier la portée de leurs travaux.

AIJC 2026: une opportunité pour les journalistes d’investigation

 

Pour cette année 2026, l’AIJC a déjà lancé son appel à propositions

C’est une belle opportunité pour tous les amoureux des enquêtes journalistiques profondes, une occasion à saisir pour soumettre des sujets d’investigation innovants et à fort impact. Pulitzer Center se prépare à y prendre une part active et encourage vivement les journalistes, ses bénéficiaires et boursiers à tirer parti de cette plateforme pour partager les résultats et les enseignements de leurs enquêtes, et faire rayonner leur travail au-delà des médias traditionnels.

Retour sur l’AIJC 2025 : expériences et apprentissages

 

Cette invitation à participer à l’AIJC 26 s’inscrit dans la continuité de notre expérience de 2025. L’année passée, une équipe du Pulitzer Center, ainsi que nos bénéficiaires et boursiers, ont pris part à cette grande messe du journalisme d’investigation qui a, comme d’habitude, rassemblé des journalistes et éditeurs d’Afrique et d’ailleurs.

L’AIJC 25 m’a rappelé que le journalisme d’investigation ne se limite pas à révéler des faits, mais à créer des ponts entre les données, les communautés et les puissants, a dit Jérémie Kyaswekera, DRC journaliste d’investigation de la RDC. 

‘‘Participer à l’African Investigative Journalism Conference 2025 n’a pas seulement enrichi mon savoir-faire, cela a profondément transformé ma vision de la progression dans le journalisme d’investigation’’, s’est confié Billy Ntaote, journaliste d’investigation au Lesotho et bénéficiaire de la subvention du Pulitzer Center.

Sessions du Pulitzer Center à l’AIJC  

 

Le Pulitzer Center y a ainsi tenu trois sessions au cours desquelles son staff et ses bénéficiaires ont fait quelques présentations.

La première de ces sessions a été une rencontre de réseautage intitulée : « Renforcer le journalisme climatique et environnemental en Afrique ». L’équipe du Pulitzer Center y a expliqué comment l’organisation appuie les journalistes du monde entier pour couvrir des sujets urgents et peu reportés, tels que le changement climatique, la santé, le travail, les conflits et les droits humains.

Les participants ont ainsi été informés à la fois sur le soutien et les opportunités de financement du Pulitzer Center, ainsi que sur son modèle de fonctionnement complet. Un modèle qui allie des activités d’éducation et de sensibilisation des masses, axées sur les reportages produits par les reporters du Pulitzer Center. Ce modèle permet d’adapter et d’amener les histoires produites au-delà des salles de rédaction vers d’autres cibles, amplifiant leur portée et permettant à un grand nombre d’avoir la bonne information.

Les sessions consacrées aux opportunités offertes par le Pulitzer Center m’ont permis d’entrevoir de nouvelles pistes de reportage sur le climat, la santé et les droits humains, a poursuivi Ntaote.

La deuxième session, « Exposer les profiteurs des crédits carbones en Afrique : OSINT et suivi financier », a offert une approche pratique des techniques d’investigation. Elodie Toto (Mongabay) et Linda Ngari (freelance et journaliste d’investigation du Kenya) ont montré comment utiliser l’OSINT et des outils financiers pour suivre l’argent dans le marché des crédits carbone, permettant ainsi aux participants de mieux comprendre qui en profite et qui n’en bénéficie pas.

Cette investigation a été la première investigation que j’ai faite en utilisant des bases de données. Travailler avec des bases de données est un travail long et fastidieux face auquel on peut parfois se sentir seule et incomprise, s’est exprimé Toto.

J’ai été encouragée de voir un si grand nombre de personnes participer à la session, surtout qu’il s’agissait d’une séance matinale lors de la dernière journée. Et la séance de questions-réponses a été vraiment dynamique : certains journalistes ont partagé leurs propres expériences, notamment l’un d’eux qui a expliqué comment il avait dissimulé son identité en travaillant sur un reportage concernant un projet REDD+ au Ghana. Cela m’a montré qu’il existe un réel intérêt en Afrique pour couvrir cette thématique, a affirmé Ngari.

Au cours de cette session, j’ai réalisé que beaucoup de monde était intéressé par ce travail et avait envie de comprendre puis de suivre mes pas. C’était un grand plaisir de partager mon travail avec ce public de professionnel de l’information, leurs questions ont fait germer de nouvelles idées et envies de collaboration et ça m’a donné envie de continuer dans cette direction, a conclu Toto.

À l’issue de la session, quelques participants souhaitant approfondir la question sur le crédit carbone ont échangé avec les intervenants afin d’obtenir davantage d’éclairages.

Ibrahim Adeyemi, du Nigeria, qui a assisté à la session sur les crédits carbone, a trouvé la session très intéressante : « Elle m’a appris comment enquêter sur les accords liés aux crédits carbone en Afrique. J’ai notamment découvert des techniques pour retracer les flux financiers au sein des marchés africains du carbone. Cela a véritablement été une expérience révélatrice », a -t-il déclaré.

La troisième session, « Les humains, le battage médiatique et les conséquences : enquêter sur l’Intelligence Artificielle (IA) en Afrique et au-delà », a exploré les impacts de l’Intelligence artificielle sur les communautés. Kathryn Cleary et Naipanoi Lepapa ont présenté l’histoire de l’intelligence artificielle, les erreurs fréquentes dans son traitement médiatique et un cadre pour enquêter sur la chaîne de valeur de l’IA : le travail humain, l’infrastructure, les modèles et leur usage par les acteurs publics et privés. Ils ont partagé leurs enquêtes sur le travail humain derrière l’IA et les risques pour les populations vulnérables lorsque ces systèmes sont déployés sans protections adéquates. Cette session a connu une participation active des journalistes intéressés par cette thématique.

Masterclass: OSINT et techniques avancées d’investigation

 

Avant la conférence proprement dite, certains participants ont pris part à une masterclass consacrée à l’OSINT, à la criminalistique numérique, à la géolocalisation, à la chronolocalisation et aux techniques de vérification en ligne. Animée par Bellingcat et accueillie par l’AIJC au Wits Centre for Journalism, cette session a démontré qu’une simple image peut constituer le point de départ d’une véritable enquête, grâce à des méthodes rigoureuses d’analyse et de vérification numériques.

‘‘La masterclass a permis de renforcer ma conviction qu’en contexte de crise, notre rigueur méthodologique, techniques et les outils open source sont une plus grande force’’, a dit Jérémie Kyaswekera.

Perspectives pour 2026

 

L’AIJC n’est pas qu’un simple événement professionnel. Au-delà de différentes sessions, la conférence offre un espace d’échanges pet de réseautage pour les journalistes, y compris les membres du Pulitzer Center, ainsi que ses boursiers et bénéficiaires, anciens comme actuels. Ces échanges informels et formels autour du travail d’investigation donnent fréquemment naissance à de nouvelles pistes d’enquête et des enquêtes collaboratives ou transnationales.

Pour 2026, saisissons cette opportunité afin de valoriser les résultats de nos investigations au-delà des médias partenaires, et continuer d’informer, de mobiliser et de contribuer au changement. Le monde a plus que jamais besoin de nous.

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Des membres de l'équipe du Pulitzer Center — notamment (de gauche à droite) Augustine Kasambule, Rozina Breen et Afy Malungu — ont animé des ateliers lors de l'AIJC 2025. Cet événement s'est tenu l'automne dernier à l'université du Witwatersrand, à Johannesburg, en Afrique du Sud. Image de Ibrahim Adeyemi. 

 

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