La célébration de la journée internationale de la radio, le 13 février 2025, était l’occasion pour les journalistes, jeunes professionnels, société civile et autorités publiques de Libreville au Gabon de débattre sur l’application du journalisme de solution dans la protection de la biodiversité.
A cet effet, le RENAJI, organisateur de l'événement, s’est inspiré du reportage « Human-Wildlife Conflict: An Electric Fence Pushes Elephants Away From the Fields of the Bomassa Communities » de Marien Nzikou-Massala afin de faciliter l’analyse de l’apport d’un angle journalistique axé sur les solutions pour mettre en lumière les défis de la biodiversité illustré par le conflit entre les hommes et les éléphants évoqué dans le reportage.
La présentation du reportage de Pulitzer Center a suscité beaucoup d’interrogations et a servi de base de discussions entre panélistes et participants. Les échanges se sont enrichis de plusieurs réflexions, et a plaidé pour une solution holistique qui aborderait la question du conflit dans sa globalité et sa généralité. « Si dans ce reportage la solution se trouve dans la mise en place des barrières électriques, il n’en demeure pas moins que celle-ci ne soit pas la seule solution et a d’ailleurs prouvé ses limites au Gabon. La conférence débat, quant à elle, est le moment d’explorer d’autres sources de solutions telles que l’implication du journalisme de solution et toutes les autres parties prenantes autour d’un échange libre avec les jeunes professionnels pour des idées innovantes », a expliqué Jean-Ferry Essono du RENAJI en présentant le reportage en discussion.
Pour un autre participant, la seule solution serait l’abattage administratif pour diminuer la population d’éléphants assez considérable aujourd’hui au Gabon’. Sauf, cette piste de solution ne peut se faire sans suivre la réglementation de l'abattage administratif qui est autorisé qu’en cas de légitime défense. Une politique qui nécessite d’être réécrite aujourd’hui.
Par rapport au reportage de Pulitzer Center, le panéliste Géraud Wilfried OBANGOME, journaliste certifié en journalisme de solution, correspondant international pour l’agence reuters, télévision africanews, s’est positionné en disant que la solution des barrières électriques était inappropriée et inadaptée au Gabon car elle prend en compte plusieurs autres mécanismes tels que le coût, l’entretien etc. Il s' inscrit dans la recherche des solutions en impliquant les communautés locales. “aucune solution qu’on apporte ou qu’on veuille imposer aux communautés ne peut fonctionner. Il faut les écouter et prendre en compte leurs connaissances de répulsif traditionnel.” a-t-il déclaré pour conclure.
De manière plus spécifique, le Gabon dans sa politique de conservation de forêt et de la biodiversité a vu l’accroissement de sa population d’éléphants qui fait du pays le dernier bastion des éléphants de forêt au Monde. Aujourd’hui ce conflit devient un défi majeur au Gabon pour les habitants des zones rurales avec un double impact sur la destruction d’une agriculture de subsistance par les éléphants. A côté de cette manifestation, il y a également les pertes en vies humaines occasionnées par les éléphants qui agressent les villageoises soit dans leurs plantations agricoles soit dans leurs villages.
Les journalistes, avec leur insuffisance d’information adaptée, ont pu s’informer davantage, sensibiliser et échanger avec les jeunes professionnels qui représentent une génération de leaders potentiels capables de proposer des solutions technologiques ou organisationnelles. Ce tremplin d’information et de discussion a également vu la participation des autorités administratives et la société civile avec pour pertinence de leur implication dans la prise en compte des recommandations et du soutien social aux communautés dans la recherche des solutions innovantes.
Elvya Ayetebe Nguema, experte forestière, responsable de la gouvernance foncière à l’ONG Brainforest et experte en observation indépendante des forêts a expliqué que le Gabon aujourd’hui était l’un des pays de la sous-région du bassin du Congo qui a la plus grande population d'éléphants, soit 95 110 individus. En termes de solutions, la panéliste a estimé que : “ Il est nécessaire d’encourager une réelle collaboration entre l’Etat, la société civile et les communautés ainsi que les recherches scientifiques dans ce domaine.”
En tant que spécialiste, Elvya Ayetebe Nguema a estimé que l’éléphant était un animal très intelligent, voilà pourquoi le conflit persiste à ce jour. Il sait s’adapter aux différentes méthodes qui sont mises en place pour le repousser comme les barrières électriques. “On a eu des témoignages où l’éléphant a fait tomber le poteau qui soutenait la barrière. D’autres encore nous ont laissé entendre que certains éléphants déracinaient, soulevaient puis transportaient les arbres pour les déposer sur les barrières électriques afin de passer”, a-t-elle renchéri.
Dans l’ensemble, les impressions des participants sont positives. Les participants ont apprécié l’activité et ont d’ailleurs souhaité qu’elle soit pérenne selon le questionnaire de satisfaction. Certains ont d’ailleurs pris l’engagement de chercher à connaître davantage le Pulitzer center et ont estimé que le sujet abordé était plus que d’actualité et qu’il était important d’amplifier ce type d’échanges. La participante Asheley, pour sa part, s’est félicitée de sa participation car elle venait d’être nourri en termes d’informations.
La prestation du poète Bradley Nziengui parmi les participants a permis une pause artistique lors de cette activité. À travers l’art poétique du slam, l’artiste a interpellé sur le conflit entre l’homme et l’éléphant est un mal profond, notamment à travers ces mots : « La cohabitation n’est-elle plus possible entre ces deux êtres vivants ? Qui laissera son espace à qui ? Qui sera le plus fort ? Autant de mort ! Autant de perte ! ».